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Diana  Diana is offline
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Diana 

Kris Hadar's reply in French (translation in next post)

Je joins à mon envoi des images de Tarot provenant du Dodal, du Conver et de mon jeu, ainsi qu’une image comparant le Cavalier d’épée du Conver et du Payen, images que vous pourrez mettre en archives dans votre forum pour vos membres.

http://home.hccnet.nl/k.van.rijn/tarot/tarot.htm

Voici ma réponse aux questions de votre membre :

Je salue les gens qui s’intéressent au Tarot de Marseille que j’ai restauré. Je suis en train d’écrire l’histoire du tarot de Marseille. Comme c’est un livre historique, cela avance lentement, car il faut constamment vérifier, mot après mot ce que l’on dit ! J’ai vraiment retrouvé les origines du Tarot et les clefs qui ont servi à sa construction. Vous conviendrez avec moi, que j’en conserve l’exclusivité pour ne pas nuire à la publication de mon livre.

On se pose la question pour savoir d’où proviennent les sources qui m’ont permis de faire une reconstitution du jeu de Tarot de Marseille. Alors, voici pour la petite histoire de ce jeu.

Mon ouvrage en français : Le grand livre du Tarot est un best-seller. Mon éditeur m’a demandé s’il se pourrait que je construire un jeu de Tarot de Kris Hadar. Personnellement, cela m’a dérangé, car je ne pouvais me permettre de m’approprier la connaissance d’une lignée si prestigieuse, qu’est celle du Tarot de Marseille ? Je proposais donc à mon Éditeur, de restaurer le Tarot de Marseille, ce qu’il accepta.

L’histoire des cartes peut sembler complexe pour cela qui n’en connaît pas les racines… Aussi, je vais rester pour l’instant sur de simples faits ! Voici des faits historiques allant de 1594 à 1703 :

1594, 31 mars. Rédaction des premiers statuts des maîtres cartiers de Paris au nombre de huit.

1605, 14 janvier. La confection des cartes n'est autorisée que dans les sept villes «où il y a maîtrise et visitation desdites marchandises».

1609, 9 mai. Arrêt du Conseil, qui surseoit à la perception des droits.

1631, 31 mai. La fabrication des cartes est autorisée dans onze villes, au lieu de sept.

1636, 4 avril. Déclaration du roi, prescrivant aux cartiers de porter leurs moules, patrons, figures, marques, couleurs et imprimures (pochoirs) dans un lieu «propre et commode pour travailler», désigné par le fermier et fourni gratuitement par lui.

1650, environ. À Paris, formation d'un patron caractéristique, ou portrait. Les noms adoptés pour les personnages sont encore en usage.

1661, septembre. Par lettres patentes, le roi cède à l'Hôpital général de Paris le bénéfice du droit sur les cartes. Dans les onze villes où la fabrication est autorisée, les moules et instruments de travail doivent être transportés dans un «lieu particulier», où les cartiers sont tenus d'exercer. Les enveloppes doivent porter une bande de contrôle aux armes du roi.

1671, 1er avril. L'Hôpital général renonce à la dotation stérile qui lui avait été faite. Le Conseil surseoit à la levée des droits et rend aux cartiers la liberté de décorer les enveloppes à leur gré. Les cartiers parisiens quittent l'Hôtel de Nemours.

1701, 19 octobre. Rétablissement de l'impôt, fixé à dix-huit deniers. Les anciens moules doivent être détruits. Les cartiers perdent le droit de tailler leurs moules.

1703, 17 mars. Le droit est réduit à douze deniers. Les particuliers ne doivent plus se servir de cartes de l'ancien portrait.

Le plus ancien Tarot de Marseille de la lignée de Marseille « connu » est celui de Jean Dodal au début de 1700, Maître Cartier à Lyon. Vous remarquerez que son tarot que l’on dit de 1701, correspond précisément à l’époque où on demande de détruire les anciens moules et d’en construire de nouveau. Avant Dodal… on retrouve le tarot Parisien et surtout le tarot de Jean Noblet qui serait de 1650 à Paris, tarot dont les 22 arcanes majeurs furent restaurés par Jean-Claude Flornoy. Mais, malgré son excellent travail, le Noblet ne fait pas parti de la tradition de Marseille. Il est une adaptation libre des tarots italiens. Or j’insiste pour dire que les italiens « ont copiés » le canon de Marseille.

Comme point de départ, de ma restauration, je suis parti du principe que si les maîtres cartiers ont du détruire les moules anciens pour en faire de nouveaux, ils se sont nécessairement inspirés des anciens. Par conséquent, en étudiant les nouveaux tarots, on devrait retrouver les traces des anciens.

Le plus ancien en partant de 1700 est Jean Dodal, Maître Cartier à Lyon, suivit de Jean-Pierre Payen en 1713, Maître Cartier à Avignon et l’incontournable Nicolas Conver de Marseille en 1760, qui, disons le tout de suite, fut justement le responsable de la fameuse l’appellation : Tarot de Marseille.

Il n’est pas besoin de faire de grande recherche pour constater que Nicola Conver copia Jean-Pierre Payen. Il suffit de regarder le cavalier d’épée du Conver et du Payen pour y voir sur la croupe du cheval la même floriture ! Conver a redessiné complètement le tarot de Marseille et lui a ajouté des symboles propres, qui, si certains y voient des connaissances occultes, n’ont aucun rapport avec la lignée que représentait Jean Dodal.

J’ai donc étudié en détail le Tarot de Jean Dodal et effectivement, j’y ai trouvé des détails qui révélaient des structures anciennes cachées dans le dessin. J’en veux pour prendre la Reine d’épée. En étudiant sur ordinateur sa robe, ma surprise fut de constater que ses plis cachaient un escalier. Vous pouvez vérifier : Le symbole devenait évident : une femme enceinte demandait de descendre au fond de soi-même… pour renaître.

Un autre détail surprenant : en observant attentivement la dame de coupe… on voit un petit trait à gauche, à côté de la coupe… qui s’aligne horizontalement parfaitement avec le trait oblique à droite… pour former un lit. Ainsi, les éléments en haut cadre parfaitement avec un lit à baldaquin… et non, ô hérésie de Conver qui laisse entrevoir que cette dame est sous un dais. Ainsi le Roi de coupes prend toute sa signification. Il est dans un boudoir à attendre avec sa coupe ouverte, que sa Dame daigne lui ouvrir sa chambre pour lui offrir son cœur.

Vous constatez que ma restauration ne repose pas sur l’escroquerie qui consisterait à rajouter des symboles provenant d’autres tarots, mais bien celui de faire ressortir les traits originels du canon de Marseille. C’est pour cela que je peux justifier chaque correction avec des faits. Quand j’en n’avais pas, je ne touchais à rien…

Il est évident que mes recherches pour restaurer le tarot de Marseille, ne se limitait pas à Jean Dodal, mais aussi à la tradition tarologique que j’ai retrouvé.

Si je devais refaire une nouvelle restauration, il y aurait encore des changements, suite à de nouvelles découvertes que j’ai faites entre temps.

Ceci étant dit, je peux maintenant répondre aux interrogations de votre membre :

Même si mon dessin conserve le dessin du Conver, mon tarot restauré n’a rien à voir avec le Conver qui est d’évidence pour moi un autre tarot. Je laisse le soin à Camoin de défendre sa restauration qui ne repose pas sur des faits historiques. J’en veux pour preuve qu’en 1760, Conver à fait plusieurs moules et tous ces moules n’ont pas dans la Papesse la petite boule qu’il s’évertue à mettre dans son tarot… surtout quand on découvre dans le Tarot de Jean Dodal, que les traits au fond du mur où Camoin y voit un œuf… est en fait les traits anciens d’un banc sur lequel est assise la Papesse… et que sa robe en bas à gauche… est en fait le sol qui fut malencontreusement coloré par Nicolas Conver… et depuis, tous ceux qui s’appuie sur le Conver reproduise la même erreur, Camoin, y compris.

Pour la désignation du nom des cartes, il faut savoir qu’originellement, les cartes de Tarot n’avait pas de nom. Pourquoi ? Parce qu’à l’époque où le Tarot fut créé, l’écriture reste le privilège des lettrés servant à écrire les lois et les édits et que même si les premiers livres commencent à être écrits, ce sont plus des livres fait pour être lus à des gens que être lus par soi-même ! En fait, l’écriture sur les jeux de cartes est tardive, vers 1600-1700 justement. Il faut savoir, qu’en déplaise aux chercheurs qui étudient les mots… que la plupart des écritures des cartes comme L’Empereup dans le Conver, provient des graveurs de moules, dont la plupart sont illettrés et aussi parce qu’avant l’époque de Molière où on vit un essai de structure de la langue et encore plus en 1800 que vient la naissance des règles grammaticales de la langue française, la langue des origines du Tarot est une langue phonétique. En ancien français, la langue sert à exprimer le son… C’est pourquoi on trouvera dans les textes anciens, plusieurs écritures du même mot. Exemple : le mot accueillir est né en 1080, il s’écrivait entre autres : acueillir, acoillir, acueldre. Par conséquent, il est vain de perdre son temps à trouver des pistes dans le nom qui désigne les cartes… surtout que ces nom étaient en fait de l’OCCITAN (L’Occitanie se trouve dans le sud de la France), lieu qui vit naître le Tarot. Dans le cas de L’Empereup dans le Conver, il est évident et logique de penser que le graveur n’a pas fini le « R », ce qui donne un « P » final.

Ainsi, la désignation des cartes de Tarot restauré fut de tenter de remettre les mots les plus anciens possible désignant ces cartes. Ainsi, vous devez savoir que dans l’ancien français, les mot ayant un s : comme, hospital, baston, vaslet, isle, etc., furent remplacé par un petit chapeau : un accent circonflexe, devenant : hôpital, bâton, valet, île, etc. Pour ceux que cela intéressent, on retrouve l’ancien français avec les mots actuels : hospitalier, bastonnade, Isle de Panama, etc.

En ce qui concerne le changement du mot CAVALIER… avec CHEVALIER, votre lecteur devrait savoir que le mot CAVALIER, vient du mot CAVAL. Ce mot est d’origine ITALIENNE. Il signifie entre autre chose, une jument en chaleur… Le mot italien Caval se traduit en français : Chevalier. Remettre ce mot sur les cartes de Tarot n’avait que pour objectif de rentre à César, ce qui appartient à César, c’est-à-dire : mettre les vrais mots !

Alors, Bâton est redevenu en ancien français Baston, Épées est redevenu Espee (sans accent), Valet est redevenu Vaslet, Cavalier est redevenu logiquement Chevalier, Roi est redevenu Roy, Reine est redevenu tardivement Reyne, mais il était originellement le féminin de Roy, donc Royne !

En ce qui concerne les rajouts sur le 10 de bastons, vous devrez savoir qu’originellement chaque couleur ou chaque série des mineures avait une carte qui portait sa noblesse. À la manière des Chevaliers, il y avait le nom, le blason, la devise, les armes. Ainsi, le 2 de deniers remplace la devise, le 2 de coupes le blason, l’as d’épée symbolise les armes… et évidemment, il s’était perdu le nom (ou le rang) que nous trouvons dans mon tarot par le couronnement du 10 de baston qui permettait que le nom devienne un nom de renom !

Vous conviendrez qu’il y aurait encore beaucoup de choses à dire, tant sur le sol que dans des détails. Je dirai encore ceci : Dans le Conver, pour ainsi dire, tous les sol sont devenus comme par magie uniforme et de couleur or. Observez le sol des cartes des Cavaliers dans le Payen comme le Dodal, vous verrez que le sol est de couleur noir… tout comme l’était le sol de la carte le Chariot ! Et cette symbolique est fondamentale, car elle indique que l’on évolue… en travaillant le sol pour en tirer sa richesse… C’est par le travail sur soi que l’on progresse !

Sur cette bonne devise, je ne peux que vous inviter à regarder les tarots anciens avec objectivité et vous serez surpris de découvrir au combien ils sont riches d’enseignement, surtout quand on sait que le tarot s’adressait à des gens qui ne savait pas lire et écrire… le dessin était pour eux le plus sûr moyen de partager la connaissance, car le dessin parlait de lui-même : il suffisait de voir, de bien voir, d’avoir le clairvoir, c’est-à-dire la claivoyance, don que détienne les âmes bien nées !

Kris Hadar
(www.krishadar.com)
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